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20/9/2011Drôle de dictée

Tout est question d'oreille et de sensibilité, et voici un petit texte  qui illustre bien toutes les difficultés et les subtilités de la langue française : réjouissons-nous qu'elle soit notre langue maternelle et ayons un peu de compassion pour ceux qui doivent l'apprendre !

 

 

La maîtresse a fait une dictée. François et Vincent ont bien écouté et ont écrit exactement ce qu'ils ont entendu. Pourtant, le résultat est inattendu !

La dictée de François :


Dans la cuisine du vieux chalet un ravioli, au fond d'un petit poêlon, réchauffe. Et il dore sous une couche de gruyère râpé. Le vieux chalet est bien tranquille. Pour le dîner, tout sera grillé, appétissant, fondant ! Le fromage est posé sur un plat ravissant. Sans doute, et d'une bouchée, il sera avalé ! Le saucisson, gras et bien tendre, sera coupé en rondelles. Et, servi sur un plateau, le chocolat bout. Le verser sera délicat et dangereux ! D'un seul coup, il écume et gorge le chalet d'un bon et tranquille parfum.


La dictée de Vincent :

Dans la cuisine du vieux chat laid un rat vit au lit, au fond d'un petit poêle long. Réchauffé, il dort sous une couche de gruyère râpé. Le vieux chat laid est bien tranquille : pour le dîner, tout ce rat gris et appétissant, fond dans le fromage. Et posé sur un plat, ravi, sans s'en douter, d'une bouchée, il sera avalé ! Le sot, si son gras est bien tendre, sera coupé en rondelles et servi sur un plat. Oh ! le choc ! holà ! Bouleversé ce rat délicat est dangereux ! D'un seul coup, il écume, égorge le chat laid d'un bond et tranquille, part. Fin.

 


 

 
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17/6/2011Jack London, Michaël chien de cirque
 Trouvaille d'un de mes derniers vide-greniers, je me suis plongée ces jours-ci dans Michaël, chien de cirque de Jack London. J'étais un peu sceptique car pour moi cet auteur évoquait surtout la littérature de jeunesse (quand "littérature" avait il me semble davantage de sens dans cette expression), d'ailleurs c'est une vieille édition de la bibliothèque verte que j'ai trouvé.

Moi qui aime les animaux je dois dire  que j'ai souffert à la lecture de ce roman qui pourtant commence assez bien: Michaël est recueilli, enfin volé serait plus juste, par un marin finalement sympathique, qui l'emmène voguer sur toutes les mers et les océans du monde, et qui surtout profite des aptitudes du chien pour lui enseigner quelques tours. Hélas c'est à cause de ces dons que le pauvre cabot sera volé de nouveau mais cette fois pour entrer dans une école de cirque où on forme les animaux à coups de matraque, de fouet, où on leur enseigne la crainte, la terreur et la souffrance perpétuelle pour aller régaler un public naïf qui s'extasie bêtement.

Tout le roman se déroule à travers les yeux du chien, si bien que le lecteur ne peut que s'identifier à lui et non aux hommes qui sont tous plus monstrueux et inhumains les uns que les autres. Les dresseurs bien sûr sont particulièrement ignobles, réduisant les animaux à l'état d'objets interchangeables, mais le public également, car ce n'est pas la beauté du numéro qui motive le dresseur mais simplement le gain qu'il pourra retirer de ses tournées, et le public se presse pour aller voir les animaux les plus divers accomplir des tours parfaitement contre nature. Et c'est avec la plus grande naïveté que ces braves gens croient que c'est par amour pour leurs maîtres que les animaux accomplissent toutes ces prouesses alors que tout  n'est que supercherie, crainte, douleur et souffrance.

Je n'ai jamais beaucoup aimé le cirque, et particulièrement les numéros d'animaux dressés, ça m'a toujours mise mal à l'aise sans que je sache pourquoi, car je ne m'étais jamais penchée sur la question. Grâce à la lecture de ce petit roman je sais à présent que ce que je n'aime pas c'est le fait de forcer des animaux, même sans méthodes cruelles (car j'ai moi aussi la naïveté de croire que les pratiques ont changé), à faire des choses dont ils n'ont pas la moindre envie et qui sont surtout contre nature: obliger un quadrupède à marcher sur deux pattes, faire chanter un chien, bref essayer de les faire ressembler à des humains, voilà ce qui me chiffonne. C'est sûrement pour  la même raison que je trouve parfaitement immonde d'affubler des chiens de manteaux et de coiffures aussi ridicules que ceux de leurs maîtresses ou de leur vernir les griffes.

Il paraît qu'après le succès du roman aux États-Unis dans les années 20 les pratiques ont beaucoup changé dans les cirques et que leur fréquentation a même baissé. La littérature aurait-elle donc un pouvoir?...


 

 
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22/5/2011Souvenirs
     Dimanche dernier je me suis laissée aller à faire un tour dans un petit vide-grenier à côté de chez moi. Bien sûr je suis revenue avec un sac de vieux livres. Je sais pourtant que je ne devrais pas car j’en ai déjà toute une pile qui m’attend sur, dans et à côté de ma table de chevet, plus une sur le buffet du séjour. Sans oublier un petit tas de livres entamés et jamais finis dans les toilettes. Si si, même dans les toilettes.
     Mais c’est plus fort que moi il faut que je furète, que je tripote et que je feuillette ces vieux livres de poche à l’odeur si particulière car ils me rappellent les premiers livres que j’ai fréquentés, dans ma toute première école, sur les étagères du vieux placard reconverti en bibliothèque de fortune et qui abritait des classiques pour enfants : la Comtesse de Ségur, Jules Verne, Kipling, Jack London et d’autres dont j’ai oublié les noms, à cette époque nul besoin de « littérature de jeunesse » écrite spécialement pour les enfants, on lisait les classiques qui étaient adaptés à notre âge, simplement. Si j’ai oublié beaucoup des noms de ces auteurs coincés sur ces étagères, l’odeur des livres, elle, m'est restée bien gravée dans la mémoire, et chaque fois que leurs effluves s’échappent de ces vieux volumes souples, tellement maniables que l'on ne peut s'empêcher de les saisir, je fais comme un bond dans le passé vers mes tendres années d’enfance.
       Chacun sa madeleine...

 

 
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26/4/20114e Journée du Livre de Teyssieu

«C"est la saga d'une famille originaire du Lot sur 40 ans depuis 1943»: voilà le laïus qu'a débité imperturbable l'écrivain installé en face de moi tout au long de la journée. Il m'a  fait penser à ces petites décorations en forme de cigales que l'on accroche sur le mur près des portes d'entrée et qui assène un «kss kss kss» sensé imiter l'insecte dès que l'on passe devant. Tout comme ces petits gadgets le discours de cet auteur, VRP de lui-même, était intriguant au début mais il faut bien avouer que sur  toute une journée ça devient vite aussi pénible que les «kss kss kss» de ces cigales qu'on a envie au bout d'un moment de crucifier sur  leur mur. Dès qu'un visiteur avait le malheur de jeter ne serait-ce qu'un seul oeil sur l'un des quatre tomes de cette «saga d'une famille originaire du Lot sur 40 ans depuis 1943» crac ça ne loupait pas, le mécanisme était lancé!

Mais il faut croire que c'est une technique assez efficace puisqu'il en a vendu; il faut dire qu'il prononçait les mots clés les plus aptes à retenir le chaland dans ces foires aux livres "rurales": saga - famille - Lot- 1943, voilà qui intéresse un public âgé et nombreux venu chercher des histoires qui leur parlent de leur enfance, de leur village, de leur milieu, etc.

Sa voisine m'a semblé un tantinet plus agressive encore puisque sous des dehors charmants et apparemment très doux elle n'hésitait pas à coller un de ses livres dans les mains de ceux qui passaient à sa portée. Ce qu'il ne faut pas faire, tout de même, pour vendre!

 

Évidemment moi je faisais figure d'ovni avec mes petits jeux destinés à pousser les lecteurs à devenir un peu auteurs et à se frotter eux aussi aux mots. Sans doute mue par un vieux réflexe de prof j'avais proposé plusieurs activités avec des consignes simples et précises mais les participants sont parfois distraits, indisciplinés voire carrément rebelles et font fi des directives pour écrire simplement ce qu'une photo ou un mot leur a inspiré. Mais c'est bien aussi, car sans liberté pas d'écriture.

 


 

 
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16/4/2011Français et langues régionales

J'ai toujours aimé les langues. D'abord ce furent les langues étrangères : en découvrant l'anglais au collège j'ai enfin pu commencer à saisir le sens de toutes ces chansons anglo-saxonnes que j'écoutais sans arrêt. Puis il y eut l'espagnol découvert en classe de 4e, que j'ai beaucoup aimé par ses sonorités qui me semblaient si familières, à moi qui suis née dans le sud, au sud de la Loire s'entend.

Et puis en terminale j'ai découvert par la biais d'une option l'occitan. Et là vous me direz que ce n'est pas une langue étrangère. Oui et non. Certes ce n'est pas une langue étrangère et ce à plusieurs niveaux : elle n'est pas étrangère car elle est parlée à l'intérieur du territoire français, mais surtout elle ne m'était pas étrangère à moi. En effet je suis naturellement bilingue puisque depuis ma plus tendre enfance j'entends cohabiter l'occitan et le français.

Mes parents font partie de cette génération à laquelle on a interdit l'usage de leur langue maternelle, le seule qu'ils connaissaient, et à laquelle on a imposé l'emploi du français. À la maison nos parents discutaient entre eux exclusivement en occitan, et s'adressaient à nous en français, tout aussi exclusivement. Ils m'ont souvent raconté qu'à l'école ils étaient sévèrement punis (et on sait bien qu'à cette époque il ne s'agissait pas d'un simple avertissement sur le carnet...) si le maître, intransigeant et garant de cette belle unité républicaine, les surprenaient en train de parler occitan, enfin « patois » comme on disait avec mépris, à la récréation avec leurs camarades. À force de voir leur langue méprisée ils en ont conçu eux-mêmes un certain mépris, preuve que le travail de sape a bien porté ses fruits, et lorsque je leur ai dit que je prenais l'option occitan pour le Bac ils ont été très surpris et je crois bien qu'ils n'ont pas compris les raisons qui m'y poussaient. Raisons multiples dont je n'étais moi-même pas totalement consciente à ce moment-là sans doute. Pour eux l'occitan c'était une langue méprisée et sans doute méprisable puisqu'on la leur avait interdite, elle n'était à leurs yeux qu'un patois parlé par les paysans et les anciens, deux catégories déjà quelque peu méprisées par ailleurs. Je crois bien que leur première réaction a dû être :  « Mais à quoi ça va te servir ? ». J'ai probablement dû les rassurer en leur disant que cela m'apporterait des points facilement pour ce sacro-saint Baccalauréat.

En Terminale on nous a donc fait étudier des textes, ce qui m'a permis de découvrir qu'on ne faisait pas que parler occitan, on pouvait aussi l'écrire, ce que je n’imaginais même pas alors. Mais je dois dire qu'on en est tout de même resté à quelque chose de relativement folklorique, toujours plus ou moins centré autour de la ruralité et du monde paysan. J'étais un peu frustrée.

À la fac j'ai persisté et je me suis dit que c'était là le lieu et l'occasion d'en savoir un peu plus sur cette langue. Et là ce fut le choc : je découvris que c'était une langue écrite dès le Moyen-Âge, qu'elle servait à des textes du commerce et de la vie quotidienne comme aux textes littéraires, et quelle littérature ! Poésie des troubadours, pièces de théâtre et œuvres satiriques, ça foisonnait ! C'était donc bien une langue à part entière, pas un quelconque patois parlé uniquement pas de vieux paysans incultes.

Par la même occasion j'ai découvert les langues régionales dans leur ensemble, avec pour toutes la même histoire à peu près : de belles langues parlées et écrites sur différents territoires, plus ou moins vastes, et toutes devant leur déclin à une décision politique, la volonté du roi d'imposer à tout le pays sa langue à lui. À partir de l'ordonnance de Villers-Cotterêts voulue par François Ier en 1539, plus aucun texte ne devait être rédigé en un autre langue que le français : exit le latin et indirectement les langues régionales, au moins à l'écrit. Ainsi voilà le francilien plaqué brutalement par dessus toutes ces langues, dans le but officiel de simplifier l’administration du pays (on voit bien que même en parlant tous la même langue aujourd'hui l'administration n'en est pas pour autant plus simple, mais ceci est un autre débat). N'étant plus écrites ces langues connurent un rapide déclin et furent reléguées à un usage presque honteux avec le temps : les édiles et la noble société de l'époque ne se sentaient pas la bassesse de parler le même idiome que leurs paysans ou leurs soubrettes ; utiliser la langue officielle, celle du roi et de la cour, c'était se donner des airs de courtisan et de prince dans les moindres recoins de sa province. Peu de siècles ont suffi à reléguer touts les langues régionales au rang de méprisable « patois ».

Encore aujourd'hui mes parents, leurs voisins, tous ceux de leur génération qui ont dû subir l'apprentissage du français, ne disent jamais qu'ils parlent occitan mais ils avouent tout juste contraints et forcés qu'ils ne parlent « que patois ». Ils n'ont pas conscience de la richesse que constitue leur bilinguisme et combien ils sont porteurs d'un bel héritage, mais comment pourrait-il en être autrement : des décennies de destruction consciencieuse à l'école de la République ont fait leur œuvre.

Après mon diplôme universitaire en langue et culture occitane en Licence je persistais dans cette voie et mon mémoire de Maîtrise était intitulé « Le lexique agricole du Haut-Quercy », ce qui me valut une double incompréhension de la part de mon entourage car je réunissais là deux domaines qui leur semblaient peu dignes d'intérêt : le monde paysan —c'était pourtant le leur— et l'occitan —c'était pourtant leur langue.

Mais durant ces années à l'Université j'ai aussi découvert, à travers l'étude de l'ancien-français notamment, l'infinie richesse des autres langues régionales, une variété que je ne soupçonnais pas : breton, basque, corse, occitan, mais aussi picard, normand, provençal, berrichon, niçois, franco-provençal et tant d'autres, autant de langues que de régions de France, avec chacune leur grammaire, leurs mots, leurs sonorités propres et leur musique, je découvrais des pays étrangers au sein même de mon propre pays. Du coup cet idiome parlé dans ce tout petit coin de France et qui avait réussi à s'imposer artificiellement par la seule volonté d'un seul homme me sembla bien dérisoire.

Paradoxalement c'est la découverte de ces multiples visages linguistiques de la France qui me fit aimer le français, car cette langue qui s'est imposée à ce territoire unifié a tout de même su s'enrichir de vocables hérités des langues régionales, selon le même phénomène que les emprunts aux langues étrangères : nombre d'expressions survivent et portent les traces de cet héritage, comme un pied de nez à cette langue qui a voulu les évincer.

Mais surtout ce qu'il reste de plus beau ce sont tous ces accents, ces intonations et ces phrasés qui font que de Rennes à Montpellier en passant par Bourges ou Dunkerque on parle tous la même langue sans jamais la prononcer de la même façon, et ça, ça me semble être une richesse incroyable. Et c'est pour cette raison que je trouve ridicule ce « parler pointu » qu'on impose aux journalistes et aux présentateurs TV, une langue tellement formatée et lisse : plusieurs fois j'ai surpris une présentatrice s'excuser presque de prononcer « côte » avec un o ouvert parce qu'elle était d'origine bordelaise... J'ai trouvé ça tellement navrant.

On nous parle aujourd'hui de diversité et on souhaite avec raison voir davantage de personnes qu'on dit poliment « issues de l'immigration » sur nos écrans, c'est parfait mais n'aurait-on pas pu commencer par laisser parler les présentateurs avec leur accent ? Est-ce qu'on n'aurait pas été capables de comprendre les informations du JT si le présentateur énonçait un parfait français avec un parfait accent méridional ou alsacien ? Je ne crois pas qu'en pareil cas il soit nécessaire de mettre des sous-titres comme on le voit parfois lorsque des Québécois s'expriment. Et d'ailleurs le Québec, ce n'est presque qu'une autre région de France, au moins linguistiquement parlant.

 

 

 

 

 

 


 

 
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